Jo Spiegel

« La démocratie est construction »

 Jo Spiegel
Maire de Kingersheim
Elu communautaire en charge de la transition énergétique pour Mulhouse Alsace Agglomération

Quand la démocratie se résume essentiellement à l’élection, quand elle se cristallise trop souvent sur des enjeux partisans, quand elle est trop peu citoyenne et quand elle est rarement implicative, faut-il s’étonner de la crise qui l’habite et de l’absolue nécessité de la faire (re)naître ?

Nous sommes nombreux à penser que c’est au niveau local qu’il nous faut reconstruire les prémisses d’un nouvel âge démocratique.

C’est dans la perspective d’une démocratie de fraternité dont nous pensons qu’elle doit être lente pour aller au fond des choses, interactive pour relier régulièrement représentants et représentés, édifiante pour solliciter le meilleur de nous-mêmes, que nous avons lancé en 2004 les Etats-Généraux permanents de la Démocratie, bâti en 2006 la Maison de la Citoyenneté et construit depuis une dizaine d’années des parcours démocratiques exigeants à travers les conseils participatifs.

Les Etats-Généraux Permanents de la Démocratie constituent un état d’esprit qui revendique scrupuleusement l’élévation du débat public, invite chaque habitant reconnu dans sa singularité à devenir coproducteur et copropriétaire de l’intérêt général, et encourage à la pratique d’une grammaire démocratique articulée autour de 4 niveaux d’exigence : l’information, le débat, l’élaboration et l’implication. La démocratie n’est pas ; elle nait.

La Maison de la Citoyenneté s’offre ainsi comme une fabrique de responsabilité et de solidarité. Elle est à la démocratie ce que la forge est au forgeron. Elle est non seulement un lieu où se produisent les décisions mûries, mais elle est aussi un lieu de transformation personnelle et collective dans la transitivité du « je » au « nous ». La démocratie a toujours à voir avec la construction de la personne et du bien commun.

Les conseils participatifs constituent la pierre angulaire de cette démarche. Ils en assument la phase décisive, de réflexion, de débat, de maturation et de coproduction. Ils réunissent de plain pied dès le commencement du processus de décision et le temps qu’il faut, tous les protagonistes qui traditionnellement ont tendance à s’ignorer et donc à s’opposer : collège des élus et de leurs collaborateurs, les habitants volontaires et tirés au sort, les experts et les partenaires associatifs et socio-économiques. Au nombre de 60 pour satisfaire aux exigences d’une haute qualité démocratique, les conseils participatifs sont créés à chaque fois qu’un projet est mis en agenda par la Ville dans le cadre du contrat municipal ou par les habitants. Ils se constituent à l’issue d’une séquence d’information et de débat ouverte à toute la population.

Ils sont animés par des personnes ressources indépendantes de la mairie considérées comme de véritables ingénieurs des débats publics.

Ils ont pour mission de programmer la formation initiale, de préciser le périmètre démocratique, d’interroger le sens, d’encourager l’émergence de la parole, l’examen de tous les paramètres (juridiques, budgétaires, etc), de toutes les ressources (celle de l’usager, de l’expert, du gestionnaire), de toutes les cultures (celle de l’indignation, du rêve ou de la régulation…).

L’idéal démocratique est celui de la « radicalité du possible » et le mobile en est celui de la construction du « compromis dynamique ». Nous nous refusons de considérer que la démocratie puisse se résoudre à l’affrontement stérile, à la confrontation de blocs ou encore à une démarche systématiquement descendante.

La démocratie de construction dépasse donc les limites de la démocratie partisane et loin de s’opposer à la démocratie de représentation, contribue à son enrichissement et à son ré enchantement.

Elle porte en elle l’impensé démocratique : c’est-à-dire la dimension universelle qui nous transcende.

La démocratie de construction est une démocratie de fraternité.

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